Publié le 13 mai 2017 à 13:32

Bahrain Merida, les nerfs à vif

(c) Sirotti

Hormis un passage aux allures de promenade sur les pentes de l’Etna, le peloton n’a pas encore traversé les hauts-lieux de la centième édition d’un Giro d’Italia qui nous laisse sur notre faim. Et pourtant pour parvenir à leurs fins, certaines équipes n’hésitent pas à user de toutes sortes de stratégies, pas toujours lucratives.

Alors que les prétendants à la victoire finale se tiennent naturellement dans un mouchoir de poche à ce moment de la course, la première semaine, censée apporter quiétude et certitude pour bon nombre d’eux, n’a pas été qu’un fleuve rose, car la hantise de cette couleur semble les pousser à la faute.

C’est le cas de la formation de Bahrain Merida qui, recroquevillée derrière son leader Vincenzo Nibali, a fait preuve de quelque négligences et autres sautes d’humeur quand la retenue, en de pareilles circonstances, doit être de rigueur.

Vincenzo Nibali, plus loquace qu’efficace  

Numéro un dans le dos, Vincenzo Nibali est apparu nerveux sur son île sicilienne – (c) Sirotti

Dans l’univers des grands Tours, où tout semble contrôlé au millimètre près, la novice formation bahreïnie, qui n’a de nouveau que le nom, tant ses éléments respirent le talent et l’expérience, a souvent lâché du lest en ce premier tiers de Giro d’Italia.

Car, malgré le professionnalisme qui se dégage de cette écurie, cela n’a pas empêché Vincenzo Nibali et ses équipiers de faire des siennes. Et, alors que l’on s’attendait à voir un leader chaleureux, lors d’une semaine où sa région, la Sicile, était à l’honneur, le régional a semblé hostile et peu hospitalier.

En effet, dans un rôle qu’on ne le connaissait pas encore, le gentleman italien a fait preuve d’une certaine maladresse. Dans une sortie médiatique inédite, le coureur Bahrain-Merida a fait part sans scrupule de son ressentiment à l’encontre de son meilleur rival,  le Colombien Nairo Quintana.

Tout avait commencé il y a quelques jours, lorsque le quotidien transalpin la Gazzetta dello Sport avait lancé une rumeur selon laquelle Vincenzo Nibali aurait obstinément refusé de se prendre en photo avec le Colombien au départ en Sardaigne.

Et même si le Requin de Messine s’était défendu en un premier temps contre ces allégations, il a une nouvelle fois alimenté les chroniques en déclarant récemment sur la chaîne italienne de la RAI  les paroles suivantes : « avec Nairo Quintana, nous ne nous aimons pas ».

Des coups d’épée dans l’eau

Kanstantin Siutsou et Valerio Agnoli font partie de la garde rapprochée de Vincenzo Nibali – © Sirotti

Que masque cette déclaration peu diplomate ? Serait-ce une formule calculée, de la spontanéité, ou bien, une simple erreur de communication ? Une chose est sûre, en analysant le comportement de Vincenzo Nibali et de son équipe sur les routes transalpines, il en ressort une attitude convulsive.

En effet, alors que traditionnellement,  les leaders tentent, lors des premières étapes des grands Tours de se protéger et s’économiser le plus possible en vue de la haute montagne, le Sicilien lui a agit différemment et ce dés la deuxième étape.

Ainsi, quinze kilomètres avant le terme de la deuxième étape pour rallier Tortoli, le capitaine italien, a déclenché les hostilités contre toute attente. Profitant d’une longue descente, l’Italien a lancé une accélération létale, qui a donné le tournis à tout le peloton.

Sous l’impulsion des Bahrain-Merida, le peloton s’est retrouvé en file indienne roulant à une vitesse vertigineuse. A la guerre comme à la guerre, Vincenzo Nibali cherchait à pousser ses rivaux à la faute.

Et même si le double vainqueur du Giro d’Italia a toujours maîtrisé les descentes avec virtuosité, son attitude ce jour-là semblait quelque peu suicidaire, tant il frôlait le danger. Pourquoi s’exposer dés le deuxième acte, à mille lieux des étapes décisives ?

En effet, cette conduite s’est transformée en onanisme puisque l’ensemble des favoris avait franchi la ligne dans le même temps. A chaque fois que les rouges et noirs rééditaient de semblables scénarios lors de la première semaine, ils cueillaient le néant.

Protagonistes malgré eux

Vincenzo Nibali a tenté sa chance sans succès sur les pentes de l’Etna – (c) Sirotti

Dans la foulée, la quatrième étape du Giro promettait moult agitations sur les pentes de l’Etna, et revêtait pour l’Italien une saveur particulière, puisqu’elle passait à quelques kilomètres de son lieu d’enfance.

D’ailleurs, cette étape se profilait comme un objectif clairement avoué par Vincenzo Nibali, comme l’avait assumé Gorazd Štangelj le directeur sportif  de Bahrain-Merida au micro du Grand Plateau récemment « Ce sera notre tout premier objectif sur ce Giro d’Italia. »

Car le Sicilien rêvait de s’imposer devant les siens et vêtir le maillot rose quitte à le perdre le lendemain. Il n’y avait donc pas de place au bluff, et la formation bahreïnie avait roulé toute la journée jusqu’à l’Etna.

Et pourtant, si le vent de face avait douché toute velléité d’offensive, malgré quelques vaines tentatives du leader italien, et même si au niveau comptable Vincenzo Nibali n’avait rien perdu, cette étape s’est avérée lourde de conséquences pour la Bahrain-Merida.

Car suite à une vive altercation, son équipier Javier Moreno avait perdu son contrôle et bousculé Diego Rosa, le coureur de la Sky, avant de lui cracher sur le visage, comme l’ont démontré les vidéos. Conséquence : l’Espagnol a été exclu et Vincenzo Nibali en plus de sortir bredouille de la Sicile, s’est retrouvé privé d’un précieux équipier.

Mais au delà de cet épisode, ce qu’il fallait retenir de l’Etna c’était cette impression de suffisance qui se dégageait de Nairo Quintana. De quoi agacer encore plus l’Italien et la Bahrain-Merida ?

Un peu sonnée par l’étape de l’Etna, un fait de course aussi drôle que révélateur a tourné en ridicule les hommes noirs et rouge. En effet, alors qu’il restait encore un tour de circuit avant l’arrivée finale, le jeune slovène Luka Pibernik, de la formation orientale, a franchi l’avant dernière ligne en levant les bras, avant de s’effacer sous la vitesse du peloton.

Le poids d’un siècle de course et de la disparition de Michele Scaproni

Sans Fabio Aru au départ, Vincenzo Nibali porte tous les espoirs des tifosi – © Sirotti

Loin d’être anodin, ce fait à l’apparence insolite semble traduire une certaine tension inhérente à l’atmosphère saumâtre au sein de cette équipe, toute proportion gardée.

Une nervosité qui pourrait s’expliquer par le choix des hommes qui composent l’équipe. En effet, parmi les neuf coureurs présents au départ en Sardaigne, pas moins de six italiens font partie du groupe, une stratégie voulue par les directeurs sportifs afin de mobiliser les tifosi autour de cette formation.

En prenant en compte la ferveur des supporteurs et des journalistes pour le Giro d’Italia, cela semble rajouter encore plus de pression et empêche de trouver un semblant de sérénité, contrairement à la Movistar de Quintana qui dégage une force tranquille.

Ainsi, même si ce Giro d’Italia ne fait que commencer, le poids du centenaire semble tétaniser les Italiens de la Bahrain-Merida, car une tunique autre que la Maglia Rosa sur les épaules de Requin de Messine à Milan sera considéré comme un échec cuisant pour une formation conçue et imaginée autour de cet objectif.

Par ailleurs, depuis le forfait de Fabio Aru, la pression est montée crescendo sur les épaules de Vincenzo Nibali. Désormais seul Transalpin en mesure de s’imposer le 100e Giro d’Italia.

Mais, peut-être que tout cela trouve une autre explication. En effet, dans une équipe composée majoritairement d’Italiens, la disparition d’un grand personnage comme Michele Scarponi a dû profondément  affecter le mental de ces coureurs à quelques jours du départ.

En particulier Vincenzo Nibali, qui a remporté ses deux seuls sacres sur le Giro d’Italia grâce à l’aide de Michele Scarponi. Il est donc clair que la disparition de son ami accentue la nervosité du Sicilien, et par ricochet, de l’ensemble de ses équipiers.

Manager : Brent Copeland
Nationalité :
Site officiel : http://teambahrainmerida.com/
À propos de Lamine Gacem 52 Articles
Traducteur de formation, Lamine est aussi un amoureux du cyclisme et de la littérature, c’est donc naturellement qu’il s’est dirigé vers Le Grand Plateau pour en faire sa véritable passion. Coureur cycliste amateur à ses heures perdues, la petite reine occupe une place de premier choix dans sa vie.

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