Publié le 18 mars 2017 à 08:14

Le capteur de puissance, un instrument incompatible avec le rythme des classiques

(c) Sirotti

Ce samedi, Milan – San Remo marque le début d’un mois de classiques. De La Primavera à La Doyenne, les courses d’un jour vont venir égayer notre emploi du temps. Imprévisibles, spectaculaires, romantiques, elles contrastent avec le schéma stéréotypé des courses par étapes, où tout est réglé comme du papier à musique.

Si le week-end d’ouverture en Belgique nous a mis l’eau à la bouche, les choses sérieuses débutent avec La Classicissima. Un parfum particulier flotte sur ces épreuves uniques. Une classique, c’est une composition exclusive, sans session de rattrapage. La partition se déroule sous les roues des coureurs et la moindre fausse note peut surgir à tout instant.

Être présent le jour J

Sur les courses d’un jour, les leaders changent de refrain à chaque compétition – (c) Sirotti

Les musiciens de la route répètent leurs gammes toute l’année pour être prêts au moment de l’audition. Pourtant, malgré leur connaissance et leur aptitude, ils doivent composer avec une mélodie inédite à chaque événement. Les accords changent, la tonalité se modifie et le rythme est bouleversé.

Impossible de prédire par avance à quel endroit les favoris vont tenter de jouer un numéro de soliste. Seul l’homme sur sa machine décide du moment opportun pour suivre son instinct et se jeter dans le grand bain. Bien sûr, il est primordial d’être bien accompagné par ses partenaires durant la majorité du concert. Mais lors du bouquet final, le virtuose ne doit compter que sur lui-même pour jouer son récital.

Loin de la routine des grands Tours, les classiques nous offrent un spectacle différent. Dans cette situation, impossible d’avoir les yeux fixés sur le capteur de puissance. C’est l’avis partagé par Ian Stannard, chez nos confrères de Cyclingnews, et de Luke Rowe, sur Cyclingweekly, pourtant membres de l’équipe Sky, connue pour être à la pointe de la technologie. Les deux rouleurs assurent ne pas lire leur prompteur au moment du live.

Les données ne remplacent pas l’expérience du terrain

Pour Ian Stannard, il est impossible de courir les yeux rivés sur le compteur – (c) Sirotti

« Pour une course d’un jour, vous ne pouvez pas courir avec votre capteur de puissance, assure le troisième du dernier Paris-Roubaix. Vous devez sentir la course et prendre les échappées. Vous ne pouvez pas définir un tempo et monter à vos watts ». Un sentiment partagé par son coéquipier gallois : « En course, je ne pense pas que les capteurs soient vraiment utiles. Vous pourriez l’enlever de mon vélo, je ne le regarde jamais ! ».

Et cela se comprend. Le tempo des classiques est saccadé, au contraire des montées de cols à la mesure régulière. Les cyclistes au maillot noir apportent une nuance. « Même au Tour, vous ne pouvez pas monter avec vos watts. Nous ne restons pas assis à regarder nos capteurs de puissance », explique Stannard. Et le sixième du dernier Het Nieuwsblad de prolonger : « Lorsque vous nous voyez contrôler une course, nous ne disons jamais : « 400 watts ». Nous disons : « roule à un rythme soutenu. » ».

Si l’on entend le bémol dans la voix du duo britannique, il faut admettre que le spectacle proposé par les coureurs de grands Tours s’apparentent à du playback. Pour voir une prestation galvanisée par la passion et l’émotion, le public se tourne vers les courses d’un jour. Milan-San Remo marque le début de la tournée. C’est parti pour un mois de régal.

À propos de Romain Michel 140 Articles
Diplômé en Master Information et Communication à Lyon, Romain est un sportif accompli depuis la sortie du berceau. Il rejoint le Grand Plateau après plusieurs expériences dans les médias. Cycliste amateur, il pose un regard passionné et avisé sur le peloton.

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