Publié le 15 mars 2017 à 19:23

Charles Planet : « Nous sommes des coureurs comme les autres »

© Team Novo Nordisk 2017

Steve Redgrave et Gary Hall Jr. Un Anglais et un Américain. Un ancien spécialiste de l’aviron et un nageur. Plusieurs sacres olympiques à eux deux. Une maladie commune : le diabète de type 1. À l’instar de Charles Planet aujourd’hui, coureur cycliste de la formation Novo Nordisk, ces anciens sportifs ont prouvé au grand public que l’exercice d’un sport de haut niveau n’était pas incompatible avec un diabète de type 1.

Le Grand Plateau s’est entretenu avec le Français qui parcourt désormais le monde à la recherche d’un premier succès en professionnel. Entre abnégation et persévérance, le Lorrain relativise. Il est un coureur comme les autres, et ce malgré les mesures et contraintes inhérentes à sa maladie.

Charles, vous êtes un coureur de la formation Novo Nordisk, une équipe animée par une mission particulière. Pouvez-vous nous expliquer la mission première qui est la vôtre en tant que cycliste de cette formation ?

Notre mission est de montrer à toutes les personnes dans le monde que l’on peut pratiquer une pratique sportive au plus haut niveau, réaliser tous nos rêves en ayant un diabète de type 1. Notre but est d’inspirer toutes ces personnes tout en ayant les meilleurs résultats possibles.

Cela fait désormais 4 ans que Charles Planet est professionnel chez Novo Nordisk – © TDW Sport

À quel âge avez-vous découvert votre passion pour le cyclisme ?

J’avais 8 ans. Mes parents m’avaient emmené voir une compétition de VTT à l’époque. La semaine suivante j’étais inscrit dans un club qui est d’ailleurs toujours le mien et est aussi maintenant présidé par mon père : Remiremont VTT. Le vélo, c’est ancré dans la famille.

À quel âge les médecins vous ont-ils diagnostiqué diabétique ?

C’est une maladie génétique qui m’est arrivée lorsque j’avais 10 ans, du jour au lendemain. J’étais encore à l’école primaire.

Comment avez-vous accueilli la nouvelle de cette maladie à l’époque ? Est-ce que cela a remis en cause votre volonté de devenir professionnel ?

Je n’ai pas vraiment compris ce qu’il m’arrivait. Le plus dur a été pour mes parents car ils pensaient avoir fait une faute dans mon éducation, étant donné que l’on connaît beaucoup le diabète de type 2. Mais j’ai toujours été soutenu, et si aujourd’hui j’en suis arrivé là, c’est grâce à ma famille, je ne serais rien sans eux.

Ils m’ont toujours poussé et quelques mois plus tard, je levais les bras sur les compétitions. Depuis tout petit, j’ai toujours rêvé d’être professionnel et aujourd’hui j’ai réalisé ce rêve, tout cela avec un diabète de type 1. Cela ne m’a jamais arrêté.

Comment avez-vous pris contact avec la formation Novo Nordisk ?

J’ai envoyé mon « CV » sportif à l’équipe en 2013. Le directeur de l’équipe de développement m’a répondu quelques semaines plus tard en m’invitant comme « stagiaire » durant l’été dans l’équipe de développement. J’ai gagné quelques courses, à ma grande surprise, et ramené de nombreux tops 10, ce qui m’a amené à signer dans l’équipe professionnelle ensuite.

Jusqu’à présent, le Lorrain a dû se contenter de quelques tops 10 lors d’épreuves continentales américaines – © Team Novo Nordisk 2017

Avant de rejoindre la formation américaine, avez-vous été approché par des équipes françaises ? 

J’étais à l’époque un spécialiste du VTT. J’étais novice sur la route. C’est pourquoi je n’ai jamais été contacté par d’autres équipes à l’époque. J’appréhendais énormément, mais c’était une immense opportunité que j’ai choisie. Aujourd’hui je me rends compte que je suis fait pour la route.

À ce propos, comment un diabétique vit-il la course ? Est-il un coureur parmi d’autres au sein du peloton ou doit-il prendre certaines mesures avant et pendant la course?

Il y a certaines mesures à prendre car il faut contrôler régulièrement son taux de sucre dans le sang, afin d’être toujours bien réglé. Mais nous sommes exactement comme tout autre coureur. Nous mangeons la même chose, nous nous entraînons pareil, tout est identique. Il y a juste certaines contraintes en plus qui ne sont aujourd’hui plus des contraintes pour moi.

Comment vous définiriez-vous en tant que coureur ? Quel est votre profil ?

Je suis plutôt puncheur. Les bosses très courtes, avec un final en petit comité, je peux aller vite au sprint.

Vous n’avez que 23 ans, vous parcourez aujourd’hui le monde avec votre équipe. Comment vivez-vous cela ? L’éloignement avec la famille n’est-il pas trop difficile à vivre au quotidien ?

J’ai fait énormément de pays dans le monde. Je découvre toujours des nouvelles choses forcément, c’est très enrichissant et je vis mon rêve. Je me réveille, je n’ai qu’à m’entraîner. Je voyage, je fais des courses. C’est top.

C’est important pour moi de me ressourcer entre tout cela. Je suis quelqu’un qui est très très famille et mes proches me manquent énormément lorsque je suis sur les courses. Je vis avec ma copine en France et c’est toujours la plus grande ressource de la retrouver.

Quand vous avez rejoint Novo Nordisk, vous n’étiez que deux Français au sein de la formation, Nicolas Lefrançois et vous-même. Aujourd’hui, vous êtes cinq compatriotes au sein de l’équipe américaine. Cela vous renforce t-il et vous permet-il d’avancer et d’avoir des piliers au quotidien, en l’absence de votre famille ?

Non, en aucun cas cela ne change quelque chose. J’adore parler anglais et discuter avec mes équipiers de nos différents pays. C’est super enrichissant. C’est une autre culture et j’adore ça. Bien sûr, j’adore mes équipiers français et parfois c’est quand même cool de rigoler à la française.

Après quatre ans au plus haut niveau, quels enseignements tirez-vous de l’exigence professionnelle ? 

Après deux épreuves au Moyen-Orient, le Tricolore a participé à Tirreno-Adriatico – © Sirotti

Chez les pros, tu dois être à 100% tout le temps. Si tu ne fais pas le job, ce n’est même pas la peine d’aller à l’aéroport pour aller sur une course. Le niveau est tellement élevé et courant les plus grosses courses du monde, je ne dois donc faire aucune erreur si je veux réussir.

J’ai énormément appris depuis le début et j’adore vivre de ma passion. Pour moi, ce n’est pas un métier, car c’est un plaisir d’aller rouler sur son vélo plutôt que de travailler 8 heures par jour. Ce qui me déplaît ? Parfois le manque de mes proches, surtout dans les coups durs.

Sur le plan du palmarès, vous courez toujours après une victoire. Cela vous affecte-t-il ?

Cela ne m’affecte pas mais cela fait partie de mes rêves. Remporter une course chez les pros, c’est tellement fou. Je sais que j’ai le niveau pour certaines courses, je fais encore des erreurs mais je sens que ça vient. J’attends mon heure, j’espère de tout cœur ramener une victoire pour mon équipe un jour.

Cette saison, vous avez débuté par le Tour de Dubaï, et vous venez de sillonner les routes du Tour d’Abu Dhabi. Comment vous sentez-vous après ces deux premières courses ? Que pouvez-vous améliorer ? 

Ce sont des courses très spéciales. Toutes plates, sans dénivelé et avec de larges routes. Tellement différentes des courses européennes. Les sensations étaient bonnes mais finalement sur ce genre de courses, je n’ai pas pu me tester véritablement. Avec Tirreno, la saison démarre véritablement désormais.

À quoi ressemblerait une saison 2017 parfaite pour vous ?

Une victoire serait le top. Je me suis entraîné très dur, et fait beaucoup de sacrifices. Je veux simplement me faire plaisir, donner le meilleur de moi-même, ne pas avoir de regrets, et montrer à tous ce qu’on peut faire en étant diabétique de type 1.

Nationalité :
Age : 24 ans
Equipe : Team Novo Nordisk
À propos de Mathieu Roduit 221 Articles
Étudiant en licence d'information et de communication, Mathieu a déjà mis un pied dans le monde du journalisme. Pigiste sportif dans plusieurs quotidiens en Suisse, il possède de nombreuses cordes à son arc. Ce cycliste amateur a fait de la petite reine son domaine. Mathieu a cofondé Le Grand Plateau.

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