Publié le 12 mai 2017 à 20:41

Fabrice Jeandesboz : « Je me suis demandé si je reprendrais la compétition »

© Sirotti

Tombé durant un stage de pré-saison de Direct Energie en janvier dernier, à Calpe, Fabrice Jeandesboz est l’un des rares coureurs du peloton qui n’a toujours pas été aperçu en course cette année.

Touché à la hanche, le trentenaire a repris l’entraînement et s’apprête à faire son grand retour, près de neuf mois après sa dernière compétition. Durant sa préparation, le Breton s’est confié au Grand Plateau.

Le Breton s’apprête à débuter sa quatrième saison avec l’équipe vendéenne – © Sirotti

Fabrice, pouvez-vous revenir sur votre chute et votre blessure ?

Il s’agit d’une fracture du cotyle, au niveau de l’articulation de la tête du fémur. C’est une blessure qui s’est produite lors d’une chute : ma roue avant a glissé sur une route humide, en Espagne, lors d’un stage à Calpe. Je n’ai rien pu faire, ce n’était même pas en descente mais sur une relance en bosse.

Comment s’est déroulée la récupération et la reprise de l’entraînement ?

Cela fait un mois que j’ai repris l’entraînement sur route. J’ai très bien récupéré, j’ai passé deux mois en centre de rééducation. Rapidement, j’ai pu nager. Je n’avais pas de contre-indication pour la natation, ce qui m’a permis de faire une activité sportive quand même.

Je n’ai jamais eu mal à cause de cette fracture en elle-même, je n’ai jamais eu de gène. Donc tout a été très vite, rien ne me bloquait pour la rééducation, qui s’est très bien passée.

« Ma crainte, c’est de frotter dans un peloton, de retomber »

Suite à une si longue absence, craignez-vous de ne pas revenir au niveau qui était le votre avant votre chute ?

Ma crainte est plutôt de retourner dans un peloton. J’ai mis pas mal de temps à me demander si je reprendrais la compétition ou pas. J’ai connu pas mal de chutes ces dernières saisons, celle-ci était un petit peu la chute de trop. J’ai décidé de revenir assez rapidement à la compétition, mais ma crainte, c’est de frotter dans un peloton, de retomber.

La crainte de ne pas retrouver ma condition, ce n’est pas ma préoccupation. J’ai retrouvé des sensations très rapidement sur ma reprise. Même mon entraîneur est agréablement surpris du niveau que j’ai suite à ces longs mois d’arrêt.

Vous serez de retour au Tour de Castille-et-Léon. Quel seront vos prochains objectifs ?

Fabrice Jeandesboz est un habitué du Tour de Castille-et-Léon, duquel il a terminé 8e en 2013 – © Sirotti

L’objectif sur le Tour de Castille-et-Léon sera de me rassurer, de reprendre mes marques. J’avais hésité à reprendre là ou lors du week-end breton avec le GP de Plumelec et les Boucles de l’Aulne-Châteaulin. On a parlé de cela avec mes directeurs sportifs, surtout Jimmy Engoulvent, et on a décidé qu’il était mieux de reprendre en Castille-et-Léon.

Mon but là-bas sera donc de reprendre mes marques et de voir où j’en suis au niveau de l’entraînement. Actuellement, je m’entraîne, mais j’ignore où j’en suis par rapport à la course, c’est difficile à dire.

Mon programme de course sera passera peut-être par les Boucles de la Mayenne début juin, puis par la Route du Sud et le championnat de France.

À 32 ans, vous ne comptez toujours pas de victoire dans une course professionnelle. Est-ce davantage un regret ou un objectif ?

J’ai eu une victoire il y a deux ans sur le Rhône-Alpes Isère Tour, mais c’est une classe 2, une semi-pro. Je ne suis pas passé loin à plusieurs reprises en 2015, à la Polynormande, au Tour de l’Ain, avec des deuxièmes places. C’est un regret de ne pas avoir gagné ces courses-là.

Quand on est cycliste professionnel, on cherche la victoire, pour les autres mais aussi pour soi-même. On verra pour la suite, mais je prends assez de plaisir, même sans victoire. Je suis parfois tout aussi heureux d’avoir contribué à la victoire d’un coéquipier.

Direct Energie n’a pas obtenu d’invitation cette année pour la Vuelta, une course que vous affectionnez. Est-ce un regret pour vous de ne pas pouvoir participer de nouveau au Tour d’Espagne ?

Fabrice Jeandesboz a terminé 17e de la Vuelta 2015 – © Sirotti

Oui, c’est un regret pour toute l’équipe. C’est vrai que lors des deux dernières éditions, toute l’équipe marchait bien. J’avais fait un bon classement général en 2015, Romain Sicard s’était montré sur pas mal d’étapes, sans oublier la victoire de Lilian Calmejane l’année dernière.

On espérait vraiment y aller, c’est une déception. C’est d’ailleurs une déception pour moi aussi. Si la condition revenait bien, je me disais que je pourrais retourner sur le Tour d’Espagne. Il y a des choix à faire, mais je pense que sportivement, on avait notre place.

L’équipe a réalisé un bon début de saison. Avez-vous pu faire partie de cette performance collective, d’une manière ou d’une autre, ou avez-vous été mis à l’écart par les circonstances ?

J’étais quand même mis à l’écart. J’ai bien sûr eu des nouvelles de quelques coureurs, des échanges. Mais ma chute s’est produite dès le deuxième jour de stage, au moins de janvier, et je n’ai pas vu l’équipe depuis ce moment-là.

Je suis tout de même allé les voir à la Route Adélie, comme j’habite non loin de Vitré. Je suis allé manger avec eux la veille au soir. À part cela, avec ma rééducation, j’ai déjà dû être deux mois en centre en ne passant que les week-ends chez moi, donc j’étais tout de même à l’écart.

Le bon début de saison de Direct Energie comprend la confirmation de Lilian Calmejane, vainqueur de trois étapes et trois classements généraux en quelques mois. Vous qui le connaissez bien, où voyez-vous ce coureur plus tard ?

Pour l’instant, Lilian est plutôt un puncheur, mais il est très complet. Cette année, il a bien progressé en contre-la-montre, il passe aussi bien les bosses. Il faut voir s’il peut encore progresser en montagne. Je pense qu’on ne connaît pas encore ses limites.

Direct Energie avait animé la Vuelta 2016 en remportant notamment une victoire par l’intermédiaire de Lilian Calmejane – © Sirotti

Mais il est vrai que je ne suis pas du tout surpris de voir ses résultats. L’année dernière, il avait déjà réalisé une bonne saison avec notamment cette victoire à la Vuelta.

C’est un coureur qui connaît déjà beaucoup les courses. C’est ce qui m’avait épaté l’année dernière pour sa première année pro. Il est très curieux, il analyse tout, et je pense que c’est un gros plus. Et puis, il a un très gros mental, il sait ce qu’il veut. Il faut donc voir ses limites en haute-montagne, ce qu’on aura l’occasion de voir sur le Tour de France. C’est un gros bosseur, il a beaucoup d’avenir devant lui.

L’équipe de Jean-René Bernaudeau semble tournée vers l’avenir, avec Lilian Calmejane donc, mais aussi Thomas Boudat, Bryan Coquard… À 32 ans, vous inscrivez-vous dans ce futur ?

Je suis en fin de contrat. Il est encore tôt pour parler de prolongation, d’autant que je n’ai pas encore couru. On verra, je n’y réfléchis pas du tout. Il est vrai que je suis dans mes dernières années pro, je commence à me faire vieux.

Je vais reprendre la saison, je vais me faire plaisir, avec le but de ne pas avoir peur dans le peloton. Ce ne serait vraiment plus du tout un plaisir d’aller en course et d’être tétanisé en permanence par peur de la chute.

On va d’abord voir comment se passe cette saison, ma condition, mes envies. Ensuite, on verra pour l’année prochaine, je n’y pense pas du tout.

En tant que Breton, rejoindre Fortuneo-Vital Concept est-elle une option envisageable et attrayante pour vous ?

Il est sûr qu’en tant que Breton, j’entends beaucoup parler de cette équipe-là. C’est l’équipe phare chez moi. J’ai déjà été en contact avec eux à deux reprises dans le passé, cela ne s’est jamais fait. Ma priorité était de rester avec Jean-René Bernaudeau.

Je me sens très bien chez Direct Energie, j’avoue que je préfère y terminer ma carrière, mais je ne ferme la porte nulle part, on ne sait jamais ce qui peut arriver.

Nationalité :
Age : 32 ans
Equipe : Direct Energie
À propos de Cyprien Bricout 226 Articles
Étudiant en histoire et science politique à Nice, Cyprien a pour ambition de devenir journaliste. Enrichi de diverses expériences dans des médias web et radio, il a co-fondé le Grand Plateau. En passionné de cyclisme - et plus généralement de sport - qu'il est, Cyprien a placé de grands espoirs dans ce projet, qui incarne sa vision de ce que doit être le journalisme sportif.

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