Publié le 11 mai 2017 à 14:22

Fernando Gaviria, le sprinteur qui grimpe les échelons

(c) Sirotti

Entre la Colombie et le cyclisme se tisse une longue histoire d’amour restée intacte malgré le poids du football et des décennies. Ce pays perché entre l’Océan Pacifique et les Caraïbes est un formidable vivier de talents. De Lucho Herrera à Nairo Quintana, en passant Santiago Botero, la Colombie a de tous temps exporté ses cyclistes hors de son continent.

Mais aujourd’hui plus qu’à tout autre période, la contrée sud-américaine connait une embellie sans précédent. Parties à la conquête de l’élite, rares sont les équipes du World Tour à ne pas avoir un Colombien dans leur effectif, quand d’autres formations salivent d’en posséder.

Un sprinteur au pays des mille et un grimpeurs

Les coureurs colombiens riment généralement avec cimes, car en vue des exploits du passé et du présent, ces classieux montagnards n’utilisent leur bicyclette que pour danser dans les montagnes balafrées en quête de lointains horizons, dévorant les pourcentages avec une facilité déconcertante.

Contrairement à la plupart de ses compatriotes, Fernando Gaviria mise sur sa pointe de vitesse – © Sirotti

Mais, au milieu de cette meute de randonneurs à deux roues, émerge un coureur hors pair qui captive les regards sur un terrain presque inexploré des de ses compatriotes, sinon ignoré. En effet, alors que les plus belles pages du cyclisme colombien s’écrivent en bosse, Fernando Gaviria a décidé de s’exprimer en ligne droite.

À l’instar de Martin Rodriguez, sprinteur colombien des années 1970 et pionnier en la matière, Fernando Gaviria  est également considéré comme l’un des rares hommes rapides de son pays. De plus, jamais dans l’histoire du sport colombien un sprinteur n’a atteint pareille envergure.

Ainsi, Le Missile a choisi d’écrire son histoire à sa propre façon, tout en empruntant des chemins différents de la plupart de ses prédécesseurs. Dans une spécialité qui ne draine pas autant les foules en Colombie que celle des grimpeurs, le jeune sprinteur a décidé de prendre de vitesse des coureurs hors de ses frontières.

L’homme fort de la Quick-Step Floors s’inspire de Mark Cavendish. Il en a fait une idole, une inspiration mais aussi un rival, puisque c’est contre cette légende du vélo qu’il a véritablement lancé sa carrière sur route au sein de l’élite mondiale.

Des débuts fracassants                                                                                                               

Mais, avant de bousculer la hiérarchie du sprint mondial, le véloce colombien a laissé une empreinte indélébile sur la piste, discipline de ses débuts.

En effet, c’est en tant que pistard que Fernando Gaviria a glané ses premiers bouquets. C’est en 2012 que le natif de la Ceja avait débuté sa carrière. Comme pour marquer son territoire, il a d’emblée fait parler sa vitesse d’exécution en signant sa première victoire aux championnats sur piste et sur route juniors de la ville de Pereira en Colombie.

Double champion du monde, Fernando Gaviria a fait ses classes sur piste – © Sirotti

Mais comme les grandes réussites ont toutes leur part de hasard, le Colombien doit beaucoup à son recruteur, un certain Ablason Rincon, son tout premier entraîneur, qui a décelé en lui les racines d’une future star, comme il l’a assuré au sein de nos confrère de El Pais : « Sa façon de courir m’a vraiment impressionné, il courait les courses avec beaucoup d’aisance ».

Si bien qu’en 2012, le jeune pistard est sélectionné pour participer aux championnats du monde juniors en Nouvelle-Zélande. Une fois en Océanie, Fernando Gaviria confirme tous les espoirs fondés en remportant deux médailles d’or dans les épreuves de l’omnium et de la course à l’américaine pour sa première sortie à l’échelle internationale.

Depuis, tout ce que touche le Colombien se transforme en or. Entre 2013 et 2014, il rajoutera de nouvelles lignes dorées à son palmarès en remportant quatre titres de l’omnium dans les différentes compétitions continentales, devenant ainsi l’un des meilleurs spécialistes de l’épreuve.

Et c’est donc logiquement qu’il remporte son premier titre mondial de cyclisme de la spécialité parmi les élites, à Paris en 2015, avant de valider son gain une année après à Londres. Se sentant pousser des ailes, le jeune Colombien se fixe de nouveaux défis.

Une reconversion et une totale réussite

Et c’est sous la tutelle de son mentor Absalon Rincon qu’il se découvre des envies de reconversion. Ce dernier l’incite ainsi à s’initier à la route « car la piste génère beaucoup de fatigue et exige trop de travail et d’entraînement », juge t-il.

La transition entre la piste et la route a été rapide pour le surdoué colombien – © Sirotti

En 2015, le natif de la Ceja, alors stagiaire chez Etixx-Quick Step, après avoir tapé dans les yeux des recruteurs belges lors de ses triomphes sur route dans le championnat panaméricain des moins de 23 ans, se prépare à prendre part à sa première course par étapes.

Ce jour là, le missile a les yeux qui brillent car il s’apprête à se mesurer à un poids lourd : Mark Cavendish. Loin de s’en complexer, le Britannique sera la première victime de son accélération en s’inclinant par deux fois devant le Colombien, lors des première et troisième étape du Tour de San Juan 2015.

Des victoires qui commencent à aiguiser en lui un appétit vorace. Ainsi, après avoir signé en faveur de Quick-Step en 2016, il entame l’année en s’offrant une autre légende, en Argentine lors du Tour de San Juan : le champion du monde Peter Sagan.

Et malgré une blessure qui l’éloigne des routes plusieurs semaines, le Colombien revient avec les mêmes intentions qu’autrefois : celles de tout écraser sur son passage. En témoigne son succès sur le Tirreno-Adriatico 2016, devant Caleb Ewan, Elia Viviani et Peter Sagan. Le rouleau compresseur est en marche.

Si bien qu’il aura fallu que le destin s’en mêle pour l’empêcher de devenir le premier Colombien à remporter Milan-San Remo en 2016. En effet, le Colombien est victime d’une chute  spectaculaire à quelques mètres du terme alors qu’il semblait le plus rapide. Une grande déception, même si quelques mois plus tard, le Colombien se défoulera en remportant un joli succès sur  Paris-Tours.

Prêt à assumer à la relève

A l’instar de Julian Alaphilippe, Fernando Gaviria incarne la nouvelle génération chez Quick-Step Floors – © Sirotti

Face aux mutations que subit la Quick-Step Floors, avec notamment le départ de Tom Boonen, Fernando Gaviria semble être l’homme désigné pour mener cette future génération des hommes bleus et blancs vers une nouvelle ère glorieuse sur les sprints et les Classiques.

Ainsi, l’année 2017 commence sur les chapeaux de roue puisqu’il repart sur les mêmes bases que celles de l’année précédente, avec cette fois-ci un nouvel objectif à l’horizon : participer à son premier grand Tour, le Giro d’Italia.

Après deux nouveaux succès sur sa course fétiche, le Tour de San Juan, le Colombien s’aligne sur le Tour de l’Algarve en déjouant cette fois-ci d’autres sprinteurs de renom lors de la première  étape, à l’instar d’André Greipel, Nacer Bouhanni ou John Degenkolb. Gonflé de confiance, il inflige à Peter Sagan une nouvelle défaite sur la Course des deux mers.

Même s’il n’est pas parvenu à remporter le Milan-San Remo 2017, dans lequel il était l’un des favoris légitimes, il réussit tout de même à finir deuxième du groupe des poursuivants derrière l’échappée composée par Peter Sagan, Michal Kwiatkowski et Julian Alaphilippe.

C’est ainsi que le Colombien à bouclé la première partie d’une saison prometteuse afin de se focaliser sereinement sur sa première course de trois semaines et laisser le grand patriarche Tom Boonen soigner ses adieux.

Une coupure qui semble lui avoir fait le plus grand bien puisque le Colombien est revenu plus fort que jamais en signant un début de Giro de feu du dieu, avec deux victoires d’étapes, un maillot rose et un maillot cyclamen en moins d’une semaine de course.

Un maillot qu’il compte défendre crânement jusqu’à Milan, en tentant de faire parler encore une fois son explosivité et son intelligence de course lors des prochaines étapes de plaine, comme celle qui se profile ce jeudi à l’occasion de la sixième étape, dans laquelle il endossera le rôle de l’épouvantail.

Nationalité :
Age : 23 ans
Equipe : Quick-Step Floors
À propos de Lamine Gacem 52 Articles
Traducteur de formation, Lamine est aussi un amoureux du cyclisme et de la littérature, c’est donc naturellement qu’il s’est dirigé vers Le Grand Plateau pour en faire sa véritable passion. Coureur cycliste amateur à ses heures perdues, la petite reine occupe une place de premier choix dans sa vie.

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