Publié le 10 mai 2017 à 19:58

François Pervis : « Je me suis repris en main »

© FFC - Photographe Patrick Pichon

Déçu de ses derniers Jeux Olympiques à Rio, l’été dernier, malgré une médaille de bronze en vitesse par équipes, François Pervis a été sacré champion du monde du kilomètre le 16 avril dernier à Hong Kong (Chine).

Un come-back auquel le pistard a toujours cru malgré une préparation hivernale tronquée. À désormais 32 ans, le Mayennais souhaite poursuivre sa carrière jusqu’aux Jeux Olympiques de Tokyo, en 2020. Un symbole particulier pour lui dont l’attachement au Japon est très fort. Entretien.

Comment vous-sentez vous deux semaines après votre septième titre mondial ?

Soulagé (sourire). L’année dernière, l’équipe de France a essuyé beaucoup de critiques, encore cet hiver. Mais le moteur ne peut pas partir comme ça et ce titre prouve que l’on a été très mal entraîné et managé en 2016.

C’était important pour moi de gagner tout de suite pour faire taire les mauvaises langues et prouver que, l’année dernière, les mauvais résultats (une médaille de bronze en vitesse par équipes aux JO, le pire bilan de l’histoire de la France en cyclisme sur piste, ndlr) n’étaient pas de notre faute.

Ce titre est-il vécu comme une revanche ?

Oui, parce que lorsque des gens disent ‘’Pervis est trop vieux, il faut qu’il laisse sa place car il est fini’’, et que je reçois des mails du DTN (Vincent Jacquet, qui ne l’est plus depuis, ndlr) qui me dit s’il va mettre un terme à ma carrière ou pas… (silence) Quand tu vois tout cela, ça pique l’orgueil et c’était important de prouver rapidement qu’ils se trompaient malgré les bâtons que l’on m’a mis dans les roues : on m’a retiré mon matériel et empêché de m’entraîner sur la piste cet hiver. Il me restait la route et c’est ce que j’ai fais.

François Pervis : « Plus le défi est grand à relever plus ça me motive ».

Comment avez-vous vécu cette préparation ?

Aux JO de Rio 2016, François Pervis et l’équipe de France décrochaient la médaille de bronze de la vitesse par équipes – (c) Sirotti

Ça a été très difficile car, déjà, le mois de janvier est le pire de l’année. Je me suis retrouvé à faire des sprints de 10, 20, 30 secondes ou une minute maximum tous les 10 kilomètres sachant que je faisais des sorties d’environ 60 kilomètres.

Mais c’est sur une piste que l’on doit s’entraîner et pas par -5°C sur la route. Au lieu de faire des sprints de 10 secondes une fois toutes les 20 minutes je me tapais 2h-2h30 dans le froid, sous le vent et parfois avec du verglas. Je ne veux pas faire ma pleureuse mais ce n’était pas du tout ma place.

Auriez-vous pu faire encore mieux sans ces péripéties ?

C’est dur à dire mais en tout cas, quand tout va bien se passer dans la préparation, les résultats seront encore mieux. Là, j’ai repris la piste deux mois avant le championnat du monde et malgré tout, j’ai pu faire deux très beaux temps sur le kilomètre. Je pense que sur le keirin (disqualifié pour gène après avoir terminé 2e de sa demi-finale, ndlr), j’aurais pu gagner et cela prouve que j’ai de la réserve malgré ces difficultés.

Cela vous a-t-il motivé davantage ?

En fait, j’ai pris cela comme un défi. Et plus le défi est grand à relever, plus cela me motive, forcément. Tous les jours, je m’habillais pour aller faire mes sprints sur la route, quel que soit le temps, je m’en foutais (sic). Si je devais attendre qu’il fasse beau pour m’entraîner, je ne me serais préparé qu’au mois de mai.

François Pervis : « Je ne suis pas un mouton qui fait ce qu’on lui dit de faire ».

Vous venez de vivre votre première compétition avec le nouveau staff de l’équipe de France (Clara Sanchez et Herman Terryn). Il vous convient mieux désormais ?

Oui, car ils ont compris qu’il fallait me faire confiance et me laisser m’entraîner comme je le souhaite. J’ai 16 ans d’équipe de France, puis j’ai aussi appris sur moi ces six dernières années en allant au Japon. Je sais donc exactement ce dont j’ai besoin, je m’écoute énormément et je connais mon ressenti.

Je sais que je dois passer par des blocs de travail indispensables par lesquels mon entraîneur de l’année dernière (Laurent Gané, ndlr) n’a pas voulu que je passe. Cette année, il n’est plus là et je me suis repris en main comme je le faisais quand je gagnais en 2013.

Finalement, je regrette de l’avoir écouté en 2016 car je suis peut-être passé à côté de mon meilleur résultat aux Jeux Olympiques. J’en suis quasiment sûr, parce qu’aujourd’hui  je me rends compte que j’aurais dû rester sur ce que je connaissais.

Cette déception de Rio n’est toujours pas digérée ?

Cela restera toujours un regret car toute l’équipe de France est arrivée dans une forme médiocre. Personne ne marchait et on valait tous beaucoup mieux que ce qu’on a réalisé. Tout le groupe l’a prouvé et malheureusement cette mauvaise préparation est tombée l’année où il ne fallait pas, celle des JO…

Cette certaine autonomie retrouvée vous est essentielle ?

Oui, car je ne suis pas un mouton qui fait ce qu’on lui dit de faire. Je suis impliqué car je réalise mes propres plans d’entraînement. J’ai confiance en ce que je fais et mon état d’esprit est totalement différent. Je suis capable de me débrouiller par moi-même.

J’ai forcément besoin des installations, du matériel et du staff duquel je reste très à l’écoute pour m’entraîner. Je suis dépendant de la fédération, ça c’est sûr et certain. Mais en termes d’entraînement pur, je suis assez grand pour me débrouiller.

François Pervis : « Besoin de me régénérer aussi bien physiquement que mentalement ».

Quel est votre programme désormais ?

François Pervis vise désormais les Européens de Berlin – (c) Sirotti

Il y aura les championnats de France à Hyères en août puis j’espère être sélectionné pour le championnat d’Europe à Berlin en octobre. Il y a aussi six Coupes du Monde mais je n’ai encore aucune idée de celles auxquelles je vais participer.

Un retour au Japon est-il envisagé ?

Pas cette année. Cela fait quasiment 10 ans que je n’ai pas coupé plus de 15 jours et là je viens de passer quatre années totalement folles à tout enchaîner donc là j’ai besoin de couper et de me régénérer aussi bien physiquement que mentalement.

Votre objectif reste toujours  de terminer votre carrière aux Jeux de Tokyo en 2020 ?

Finir ma carrière à Tokyo, c’est une symbolique énorme pour moi. Il n’y aurait pas eu de Japon, il n’y aurait pas eu de François Pervis champion du monde et recordman du monde. J’en suis sûr et certain.

Le Japon, c’est ce qui m’a révélé, m’a aidé à me connaître et me faire enlever des barrières : je suis passé du gars qui termine toujours deuxième au gars qui s’impose. Cela m’a métamorphosé et si je pouvais finir ma carrière sur une médaille à Tokyo ce serait le plus beau des symboles. Je suis hyper motivé pour cela.

Mais j’ai aussi d’autres objectifs : on est cinq à avoir gagné quatre fois le titre de champion du monde au kilomètre et si je gagne encore une fois ce titre, je serai le seul avec cinq titres. C’est quelque chose qui me motive pour continuer à écrire l’histoire. Et puis Chris Hoy est neuf fois champion du monde en individuel donc il m’en faudrait encore deux pour l’égaler et trois pour le battre. Je me dis ″Pourquoi pas″ car même si c’est une grosse fierté d’avoir déjà réalisé tout ce que j’ai fais, j’espère que ce n’est pas fini.

Propos recueillis par Nicolas Pottier.

À propos de Mathieu Roduit 220 Articles
Étudiant en licence d'information et de communication, Mathieu a déjà mis un pied dans le monde du journalisme. Pigiste sportif dans plusieurs quotidiens en Suisse, il possède de nombreuses cordes à son arc. Ce cycliste amateur a fait de la petite reine son domaine. Mathieu a cofondé Le Grand Plateau.

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