Publié le 10 mai 2017 à 11:49

Les échappées pas si belles des premières étapes

© Sirotti

Qui dit premier grand Tour, dit première échappée matinale. Le centième Giro n’a donc pas dérogé à la règle et, vendredi, lors de la première étape reliant Alghero à Olbia, six courageux vont rapidement se porter aux avant-postes. On retrouvera parmi eux Cesare Benedetti, Eugert Zhupa, Daniel Teklehaimanot, Mirco Maestri, Marcin Bialoblocki et Pavel Brutt.

Six hommes lancés dans une aventure périlleuse sur les routes de Sardaigne, puisque rares sont les échappées qui réussissent à tenir tête au peloton lors des premières journées de grands Tours. Dans ce cas, pourquoi continuer à tenter l’impossible ? Et pourquoi ces premières étapes sont-elles condamnées à une arrivée massive ?

Des étapes ultra-contrôlées

Le peloton n’a laissé aucune chance aux échappés lors du triptyque sarde – © LaPresse – D’Alberto / Ferrari

Être le premier attaquant d’un grand Tour peut avoir une saveur particulière, mais être le vainqueur de la première étape est plus valorisant encore. Ainsi, la plupart des équipes veut jouer la gagne dès le premier jour de course. Celles-ci vont donc se mettre au boulot dès les premiers kilomètres pour empêcher de faire vivre l’espoir au sein de l’échappée.

Cela s’est encore vérifié lors de la première étape du Giro. À environ cent cinquante kilomètres de l’arrivée, les hommes de tête pointaient encore à environ sept minutes du peloton. Cinquante kilomètres plus loin, l’avantage des fuyards du jour n’était plus que de trois minutes.

Il faut dire que ces premières étapes, lorsqu’elles ne prennent pas la forme d’un chrono, sont souvent réservées aux sprinteurs. Par conséquent, ces derniers cherchent à convertir toutes les occasions qui se présentent à eux, surtout sur un Giro comme celui-ci, relativement montagneux et où les étapes pour les purs finisseurs ne seront pas nombreuses.

Les sprinteurs n’ont -presque- pas gâché

Hormis l’exploit de Lukas Pöstlberger lors de la première étape du Giro, qui avait réussi à chiper la victoire d’étape au nez et à la barbe des spécialistes de la dernière ligne droite, les deux autres journées de course sardes ont réservé un scénario traditionnel.

Le maillot rose a déjà changé d’épaules à quatre reprises, en autant d’étapes – © Sirotti

Mais il faut préciser qu’outre la victoire d’étape, il y a un enjeu particulier pour les sprinteurs lors de ces premières étapes. En effet, c’est presque pour eux, leur unique chance de porter un maillot de leader au général. André Greipel et Fernando Gaviria ne se sont d’ailleurs pas privés pour endosser la maglia rosa avant de disparaître dans les profondeurs du classement, mardi.

Il leur faut donc saisir la moindre opportunité. Et quoi de mieux qu’une première étape pour ce faire ? En effet, les sprinteurs disposent de leurs huit coéquipiers, censés être en pleine possession de leurs moyens. Une équipe fraîche, un sprinteur en jambes, alors pourquoi se priver de rouler en tête de groupe pour aller jouer la gagne ? Ainsi, il semble difficile pour les baroudeurs de surprendre un peloton.

Montrer le maillot pour jouer le maillot

N’entendez pas par-là, jouer le maillot de leader mais plutôt les maillots distinctifs, et plus particulièrement celui du classement de la montagne. Contre mauvaise fortune, bon gré. À défaut de pouvoir jouer la victoire d’étape, une entreprise dans la majorité des cas vouée à l’échec, il faut se contenter de ce que l’on peut récolter. Et pour une échappée, les quelques grands prix de la montagne éparpillés sur la route peuvent devenir un véritable objectif.

Daniel Teklehaimanot a fait du maillot bleu son objectif de début de course – © Sirotti

Les trois premières étapes l’ont encore démontré : un combat fratricide entre partenaires de galère s’est engagé pour tenter de ramener le maillot bleu sur la ligne, ce qu’a réalisé Cesare Benedetti à Olbia. Faute de pourvoir s’illustrer dans le final, il faut sauver les meubles pour ne pas avoir fait une journée à l’avant pour rien.

Outre cette lutte pour la tunique de meilleur grimpeur qui anime la course bon gré mal gré, c’est un autre facteur qui peut donner l’envie aux équipes de placer des hommes à l’avant : la volonté de « montrer le maillot ».

Sur les trois échappées des trois premiers jours, la majorité des coureurs faisaient partie des équipes invitées sur ce centième Giro. C’est-à-dire que toutes les équipes ayant reçu une Wild Card se sont illustrées à l’avant, comme si celles-ci avaient un devoir envers l’organisation. Un devoir implicite mais bien réel puisque l’on retrouve ce cas de figure dans de nombreuses courses.

Cependant, il est important de noter également que ces équipes invitées n’ont souvent pas de grand leader capable de jouer les premiers rôles en montagne. Les échappées sont donc une façon pour elles d’exister dans des grands Tours cadenassés par les grandes formations. Et comme dit le proverbe, qui ne tente rien n’a rien.

Alors pour ces coureurs qui n’ont aucune chance de jouer le général, cela ne constitue pas un risque énorme de se projeter à l’avant et de miser sur la glorieuse incertitude du sport cycliste. Jan Polanc a d’ailleurs été récompensé, mardi, au sommet de l’Etna, après près de 180 kilomètres passés en tête. Toujours est-il que ces échappées font partie du folklore, font partie de l’histoire et de la légende de ces grands Tours. Une étape sans échappée n’est pas une vraie étape.

À propos de Florian Puche 80 Articles
Étudiant en histoire, Florian est passionné par le sport et en particulier le cyclisme et le rink-hockey. Ses semaines sont rythmées par les activités sportives en tout genre. Après des expériences de correspondant local sportif, il souhaite joindre l'utile à l'agréable en partageant les sujets qui lui tiennent à cœur sur Le Grand Plateau.

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