Publié le 9 avril 2017 à 13:19

Paris-Roubaix, entre folklore et histoires

© Sirotti

Paris-Roubaix, qui se dispute dimanche, est une course à part dans le calendrier cycliste. L’un des sommets de la saison.  Remplie d’histoires, grandes ou petites, la course est privilège pour certains. Un cauchemar pour les autres.

« Cette course, cest une hérésie, pas du cyclisme. » Ce constat, que fit Bernard Hinault du temps où il empilait encore les succès comme on empile des perles, résume à la perfection ce que représente Paris-Roubaix, la « Reine des Classiques » qui fête cette année sa cent-quinzième édition.

Comme un symbole, le Vélodrome de Roubaix est le siège d’une histoire chargée d’émotion – © Sirotti

Des termes forts venant de la bouche du plus grand champion français de l’histoire de son sport. Hinault n’aime pas Paris-Roubaix et ne s’en est jamais caché. Il y avait pourtant laissé une trace indélébile, en 1981, lorsqu’il s’imposait au sprint devant le co-recordman de victoires, le Belge Roger De Vlaeminck (4 succès, comme Tom Boonen), après avoir crevé à une trentaine de kilomètres de l’arrivée.

Mais c’est aussi sur ces routes qu’il avait vu s’envoler ses ambitions de victoire sur le Tour de France, quelques mois plus tard. « Cest une course mythique, explique Jean-Pierre Danguillaume à notre correspondant, 8e à Roubaix en 1976. Avoir eu loccasion de courir Paris-Roubaix à huit reprises est un privilège ». 

Speaker historique de l’épreuve, Daniel Mangeas, qui a assuré les commentaires à l’arrivée entre 1974 et 2014, confirme : « À Paris-Roubaix, le climat est particulier. La veille du départ, lors de la présentation des équipes, les coureurs sont déjà dans leur course. Ils simprègnent du parcours, de lendroit où la course peut basculer. On comprend quil sagit dun des sommets de la saison ».

À la simple évocation de la marque Paris-Roubaix, la voix du cyclisme en France s’en va puiser dans ses souvenirs. « Ce qui me revient en premier, cest la victoire de Bernard (Hinault) avec le maillot de champion du monde. Jai le souvenir du podium protocolaire avec la rencontre de deux monuments : Louison Bobet (vainqueur en 1956) étant venu féliciter Bernard. Ces deux grands champions ont nourri les passions pour différentes générations », se remémore-t-il au micro de notre correspondant.

Bernard Thévenet : « Il ny a pas de hasard sur Paris-Roubaix ».

Plus qu’un honneur, une gloire presque éternelle attend le vainqueur de l’épreuve. Chaque coureur qui la remporte s’offre ainsi une gravure à son nom sur l’une des douches où il fut coutume, par le passé, de prendre un bain une fois la course terminée, afin d’enlever boues et poussières accumulées au fil de la journée.

De tous temps, l’Enfer du Nord a massé de nombreux spectateurs le long des pavés – © Sirotti

C’est l’une des très nombreuses histoires qui ont forgé la légende de ce monument du cyclisme : « Paris-Roubaix est surnommé lEnfer du Nord, ce nest pas pour rien. Médiatiquement et historiquement, cest lune des courses les plus importantes ». Au fil de ses années comme coureur, Jean-Pierre Danguillaume s’est pris de passion pour la classique française, devenue lieu de rassemblement des fans de cyclisme, eux qui adorent se retrouver le long des cinquante kilomètres pavés du parcours.

Indissociables de Paris-Roubaix, les secteurs pavés — au nombre de vingt-neuf en 2017 — ont été en partie sauvés par Albert Bouvet quand il travaillait à l’organisation. Danguillaume se souvient d’une anecdote qui changea l’épreuve à jamais : « Bouvet a découvert des nouveaux pavés avec Jean Stablinski. Stablinski habitait près de la Tranchée dArenberg, à côté de l’Église de la ville. Il travaillait à 17 ans dans la mine située en-dessous de la Tranchée. Lui a fait les trous puis il a roulé au-dessus. Cest à Stablinski quon doit la mythique Trouée dArenberg ».

Cette trouée sera expérimentée pour la première fois en 1968 sous la direction d’Albert Bouvet. Ce n’est pas sur ce secteur de renom que l’on gagne Paris-Roubaix, mais beaucoup l’ont perdu à cet endroit. « J’étais tombé dans la Tranchée et javais dû abandonner », se souvient l’ancien équipier de Bernard Thévenet au sein de l’équipe Peugeot.

Car pour triompher dans le légendaire Vélodrome de Roubaix, il faut être le moins malchanceux possible. « Il ny a pas de hasard sur Paris-Roubaix ! Les meilleurs, ceux qui gagnent, sont toujours les coureurs qui ont le moins de soucis. Et ceux qui ont le moins de soucis, cest ceux qui se sentent le mieux. » Danguillaume peut témoigner. Sa huitième place acquise il y a quarante-et-un ans, il avait été la chercher derrière pas moins de… sept vainqueurs de l’Enfer du Nord. « Pas des charlots », plaisante-t-il.

Les pavés ? On ny touche pas.

« Aucune erreur nest admise sur les pavés, rétorque Daniel Mangeas. Au cœur du Vélodrome de Roubaix, ce lieu mythique, on ressent les sentiments des coureurs : leurs joies, leurs tristesses et leurs douleurs ». Même à cinq-cent mètres de l’enceinte, il arrive d’entendre les clameurs des supporters. « Finir Paris-Roubaix, cest déjà un énorme exploit. Que tu sois premier ou dernier, tu es applaudi de la même manière », confie Jean-Pierre Danguillaume, fervent défenseur de la riche histoire de Paris-Roubaix.

Le carrefour de l’arbre est l’un des secteurs les plus réputés du tracé – © Sirotti

Certains maires des villes traversées par le mythe ont souhaité rénover, voire remplacer les secteurs pavés par du bitume. « Impossible, réplique l’ancien coureur cycliste. Les pavés font aujourdhui partie de la légende du Nord. On les rénove si nécessaire mais on garde les vieux ! Sinon tout le monde peut faire Roubaix ». Mangeas argumente : « Ça fait partie de la dramaturgie dune course folle ». Les « historiques » n’ont pas bougé, mais ont évolué avec leur temps.

Sans doute faut-il être fou pour prendre le départ. Voire un poil sadique. Albert Bouvet résumait la dramaturgie à sa manière dans Le Temps : « Le public se dit sportif, mais ce quil veut, cest des drames ».

Mons-en-Pévèle, Arenberg ou le décisif Carrefour de l’Arbre sont autant de haut-lieux entrés aujourd’hui au panthéon de ce sport. Des larmes ont coulé sur ces blocs de pierre. Certains y ont vu leurs rêves s’envoler, d’autres leurs carrières brisées. Mais l’histoire, elle, continue de s’écrire sur ces routes anciennes. Dimanche, pour le 121e anniversaire de la course, 257 kilomètres dont 55 de secteurs pavés seront à parcourir. Les derniers d’un certain Tom Boonen !

Par Sam Myon.

À propos de Sam Myon 15 Articles
Étudiant en journalisme sur Paris, Sam s'est rapidement pris de passion pour le sport. Après plusieurs expériences dans des médias sportifs, il a souhaité se joindre à l'équipe du Grand Plateau pour partager son amour du vélo.

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