Publié le 16 mars 2017 à 12:10

Pédaler et mourir, la tragédie du combat cycliste

(c) Le Grand Plateau

Octave Lapize est mort à la guerre. Comme beaucoup avant lui, comme beaucoup après, perforé par l’obus incroyable d’une funeste fumisterie. La Première Guerre Mondiale n’a pas été tendre avec le sport cycliste. Trois anciennes gloires du peloton sont tombées, le vélo à la main.

En plus de Lapize, François Faber et Lucien Petit-Breton font partie des milliers de victimes à bicyclette d’un peloton mené tout droit à l’exécution. Impossible d’estimer les chiffres macabres du vacarme martial. Une seule certitude : les cyclos ont payé un lourd tribut dans la Grande Guerre.

Fête des chasseurs cyclistes après la première guerre mondiale – (c) Bnf

« Les diables bleus »

Avec pas moins de dix compagnies de chasseurs cyclistes, l’armée française était l’une des plus représentées par ces combattants forcés. Forçats jusqu’au front, nombreux sont ceux qui furent dans l’échappée d’infortune des grandes batailles sanglantes.

En 1917, la sixième compagnie cycliste sera envoyée au Chemin des Dames. L’enfer du Nord n’est plus pavé pour cette division créée spécifiquement en 1913. « Mes cyclistes sont bien souvent à la peine, rarement à l’honneur », notera le Capitaine Buisson dans le livre d’or de la compagnie en 1919.

Les « cyclos de la 6e » ont connu le pire. Des morts, en pagaille, dès le début des hostilités en 1914. Dans les Flandres, rien ne ressemble à une Ronde paisible. En octobre, la compagnie forte de 500 cyclistes revient avec 70 hommes. Les pertes sont brutales, la tragédie ne fait que commencer.

Vélo sur le dos, les poilus se battaient avec 13 kilos supplémentaires – (c) Christine Dabé

Les troupes du lieutenant Mermier sont pourtant de vaillants coureurs. Tous amateurs, ces hommes font plus de cent kilomètres par jour. De vrais guerriers équipés de vélos « Gérard » pliables, treize kilos au compteur. Un poids lourd qui n’empêche pas les soldats de porter la charge hostile sur leurs épaules.

« Un simple cycliste sait beaucoup plus de choses au point de vue militaire et mieux se débrouiller sur le terrain qu’un caporal de fantassins », résumait le Caporal Buisson en 1919. Hommage poignant avant d’être une réalité vérifiée : le chasseur cycliste avait de larges responsabilités. Tantôt distillateur de messages, tantôt soutien physique à la division de cavalerie, les « diables bleus » étaient les porteurs de bidons d’une course à la mort mondiale.

Ils s’appelaient Thollon, Sauthier ou Lhumeau, étaient tous « calmes et très courageux ». Ils avaient le sens de la route et de l’humour. Les « cyclos de la 6e » tenaient une chronique de leurs aventures lugubres. Modestement appelé « L’écho du groupe cycliste », et rebaptisé « Organe militaire des poilus rigolos indépendant », le document retrace les péripéties de leur guerre. Avec une pointe de propagande martiale inévitable, le journal, plein d’ironie, bourré de caricatures parfois misogynes, contraste violemment avec la réalité des combats sanglants.

Charles Deruyter en 1919 – (c) Wikipédia

Le champs de bataille de la reconnaissance

En 1919, alors que l’on pleure les morts et quatre années épouvantables, le circuit des champs de bataille voit le jour. La course se déroule en plusieurs étapes et se concentre dans les zones sinistrées de la Grande Guerre, souvent encore instables.

Créée par Marcel Allain et Le Petit Journal, elle entend rendre hommage aux soldats : « Ils vont peut être revoir les tranchées dans lesquelles ils ont maintenu l’ennemi » (Le Petit Journal, 28 Avril 1919).

Il n’y aura qu’une seule édition de cette épreuve remportée par le Belge Charles Deruyter. La Der des Der. Un Clin d’oeil subtile aux dix compagnies cyclistes françaises qui ont payé le prix éternel sur le champ du déshonneur.

Avec dans leurs roues, d’autres nations, d’autres bataillons, sacrifiés sur l’autel de la Guerre : l’Allemagne et ses « Jäger Bataillone », l’Italie et ses « Bersaglieri », la Russie et ses « Samokatnaya ». Ils étaient tous cyclistes. Et humains.

À propos de Nathanaël Valla-Mothes 57 Articles
Etudiant en Master II Journalisme, Nathanaël est un passionné de cyclisme qui peut compter sur ses expériences dans les médias. Son atout principal ? Son court passé de cycliste amateur qui lui permet d'apporter son analyse, et de comprendre ce sport de l'intérieur.

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