Publié le 21 mars 2017 à 19:13

« La somme des petits détails fait la performance sur les grands Tours »

© Le Grand Plateau

Victime d’une chute lors du Tour La Provence en février dernier, Clément Chevrier a pu reprendre la compétition ce samedi, à l’occasion de la Classic Loire Atlantique. Une manière de remettre en route la machine pour le parrain du Grand Plateau, à six semaines du Giro.

Le Picard accompagnera son leader Domenico Pozzovivo sur les routes du 100e Tour d’Italie. C’est d’ailleurs dans cette optique que sa troisième chronique traitera de la préparation des leaders pour les grands Tours.

Une préparation collective en début de saison

Pour un leader de courses par étapes, un mec qui cherche à viser le général, il faut avoir de sacrés automatismes avec ses coéquipiers, que ce soit sur le plat ou en montagne. La base, c’est d’avoir des répétitions sur des courses d’une semaine. Pour valider le général d’un grand Tour, il faut déjà valider sur une semaine.

Sur Paris-Nice, les leaders des grands Tours ont pu avoir un aperçu de la difficulté des étapes de plaine – © ASO/A.Broadway

Il faut passer par tous types de situations : le plat, l’approche d’un sprint, un chrono par équipes, un chrono individuel… Cela permet également de tester le matériel. Ensuite, il faut voir avec l’équipe en montagne, avec qui ça colle, comment aborder un pied de col. Certains aiment le faire rapidement, d’autres préfèrent temporiser au pied, il y a plein d’aspects différents.

Il faut donc faire ces automatismes sur des courses moins importantes, puis avoir une grosse répétition sur une course un peu plus importante. Chez AG2R, il fallait trouver les premiers automatismes sur les Tours d’Oman et d’Abu Dhabi, où on avait le luxe de pouvoir sa rater. Après, normalement, il y aurait dû y avoir une répétition sur Paris-Nice pour Romain Bardet pour mettre tout cela en place. Malheureusement, tout ne s’est pas passé comme prévu.

Avant un grand Tour, il vaut mieux arriver avec de la fraîcheur, sur une dynamique ascendante. Généralement, cela passe par un gros stage en altitude, puis un retour à la compétition avec une course d’une semaine. Pour la plupart des coureurs en tout cas.

S’habituer aux bordures en s’alignant sur les classiques, une hypothèse viable ?

Une meilleure expérience des Flandriennes pourrait aider certains leaders lors d’étapes spécifiques du Tour notamment – © ASO/B.Bade

La Belgique, c’est sympa, mais il y a beaucoup trop de risques pour ces coureurs-là. Il y a déjà assez de chutes comme cela, donc c’est chacun à sa place. Normalement, les grimpeurs n’ont pas à venir frotter et sprinter, car ils sont moins habiles, il y a des différences de gabarit, et notamment pour lancer des bordures.

Les courses en Belgique, c’est un esprit complètement différent que sur une course par étapes. Ce sont des courses d’un jour, qui s’abordent différemment. Sur les courses par étapes, les coureurs de classiques doivent vraiment se mettre dans la peau d’équipier, et ils font des efforts qu’ils ne feraient pas nécessairement sur une course d’un jour où il ne faut penser qu’au final.

Sur une Flandrienne, c’est un petit peu « sauve qui peut » : c’est au premier qui rentre dans le secteur ou dans le mont. Ce sont d’autres automatismes à prendre.

Une préparation hors-course indispensable

Les grosses charges se font l’hiver. En fonction des trois grands Tours, on gère différemment la préparation hivernale. Sur le Giro, il faut anticiper un petit peu plus sur le calendrier de courses et sur les intensités, pour pouvoir monter plus vite en forme, que si l’on vise le Tour de France.

Les grands Tours se préparent dès le mois de décembre, lors des stages de pré-saison – © Wouter Roosenboom / Team Sunweb

Mais l’endurance est toujours là. La différence est physiologique : certains encaissent bien trois semaines de course alors que d’autres non. Certains peuvent être bons sur un jour, une semaine, mais qui n’y arrivent pas sur trois semaines.

Au niveau de l’entraînement, on ne peut pas faire des heures et des heures pour avoir de l’endurance. Ce qui fait la différence, c’est la capacité à cumuler des efforts dans certaines zones. Un coureur de courses par étapes va notamment faire beaucoup de travail un petit peu au-dessus du seuil, et répéter cela quatre ou cinq fois durant 15 à 20 minutes. Ce travail permet de simuler des passages de col à grosse allure.

Avec les stages en altitude, on fait également un gros travail de fond sur l’endurance et l’adaptation. Physiologiquement, c’est vraiment intéressant.

Un groupe constitué très tôt

L’équipe qui entourait Domenico Pozzovivo en Australie sera en partie similaire à celle qui ira en Sardaigne en mai prochain – © Sirotti

L’hiver, les groupes sont déjà faits en fonction de la saison. Chez nous, il y a le groupe « Romain Bardet », le groupe « Domenico Pozzovivo »… À partir de là, il y a des points de passage. Moi, je suis normalement avec « Pozzo », j’ai commencé par le Down Under, et le dernier gros point de passage sera le Tour du Trentin -renommé Tour des Alpes cette saison-, qui sera la répétition avant le Giro.

À chaque fois, il est important que le leader coure avec ses équipiers et qu’il ait quasiment l’équipe-type avant la « vraie » course, pour souder le groupe et pour avoir des automatismes. Chez nous, l’équipe du Dauphiné et de Paris-Nice, c’est l’équipe du Tour. Sur Tirreno-Adriatico, l’équipe ressemble plus à celle du Giro.

C’est pareil ailleurs : quand on voit Mikel Landa par exemple, l’équipe qu’il aura sur le Tour du Pays Basque, c’est l’équipe qu’il aura sur le Giro.

Une question de détails

S’habituer au matériel très tôt dans la saison revêt une importance considérable pour les coureurs – © Cyprien Bricout / Le Grand Plateau

Le matériel se prépare aussi l’hiver. L’idéal, c’est de commencer la saison avec un matériel apte. Mais dans toutes les équipes, il y a toujours des problèmes, des retards, etc. Il faut s’adapter, voir quelles roues utiliser en fonction des circonstances, faire des réglages au niveau des boyaux, des gonflages…

Il faut aussi décider quel casque utiliser, faire des tests sur des combinaisons… Pour la peau de chamois, il faut voir laquelle réagit le mieux sur des courses d’une semaine, car ce n’est pas la même chose que sur une course d’un jour. Il y a plein de choses comme celles-là à prendre en compte.

Dans une équipe, il y a le matériel, mais il y a aussi le cuisinier par exemple, qui doit prendre ses marques, observer les réactions sur les quantités, sur les goûts et les régimes de chacun. Il doit s’adapter à tout un groupe, à une manière de travailler. Tout cela se fait sur des courses-repères à l’avance, comme le Tour du Trentin pour nous.

La somme de tous ces petits détails fait la performance.

À propos de Clément Chevrier 4 Articles
Coureur professionnel depuis 2015, Clément Chevrier évolue désormais sous les couleurs d'AG2R La Mondiale. Picard de naissance, il a fait de la montagne sa spécialité. Depuis début 2017, Clément parraine le Grand Plateau et y prête sa plume dans sa chronique.

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