Publié le 13 avril 2017 à 20:26

En 2017, le cyclisme transpire encore le sexisme

© Le Grand Plateau

Dans une société où l’égalité des sexes est un objectif plus qu’un acquis, le monde du sport est bien souvent la vitrine de discriminations plus ou moins banales, ou considérées comme telles. Le vélo, bien qu’il ne soit pas le sport le plus conservateur de valeurs qui n’ont plus lieu d’être aujourd’hui, transpire encore trop souvent le sexisme.

Car en 2017, le sport féminin reste dans bien des disciplines moins reconnu, moins médiatisé, moins attrayant que les efforts masculins, systématiquement associés à la performance ou au spectacle.

Un niveau en hausse constante 

Alors, les mâles dominants auraient-ils le monopole du spectacle cycliste ? Pas si sûr. Quand les joutes masculines sont aseptisées, quand les scénarii se répètent inlassablement, seules les nuances retiennent l’attention des observateurs, et les coups d’éclat, trop rares, méritent encore que l’on s’intéresse à ce sport de moins en moins imprévisible.

Il faut alors se tourner vers des courses aux parcours propices aux surprises pour apprécier l’incertitude du dénouement, voire même vers des épreuves au plateau plus modeste. Ou tout simplement détourner le regard des compétitions du soi-disant « sexe fort ».

Oui, la petite reine se conjugue tout aussi bien au féminin, sinon mieux. Plus jeune, moins mature que l’expérimenté défilé masculin, le jeune peloton des dames est souvent bien plus intéressant à observer. Contrairement au bon vin, le vélo n’est pas toujours meilleur avec l’âge.

Les écarts de niveau chez les filles, plus importants que chez les garçons, tendent à se réduire. Ces dernières années, la domination sans conteste des grandes championnes est contrastée par un niveau qui se lisse tout en progressant, bien aidé par la mondialisation du sport cycliste.

Des courses de mouvement, des attaques de loin, des stratégies improvisées, des renversements de situation dignes des blockbusters aux intrigues les mieux ficelées… Les épreuves féminines se ressemblent rarement et le suspense les anime davantage qu’il ne bouscule le déroulement préalablement établi des longues étapes de plaine du Tour de France.

Si la création en 2016 du Women’s World Tour est un premier pas encourageant vers la reconnaissance des coureuses et de leurs performances, la marche de l’égalité semble encore trop haute pour les acteurs du monde du vélo.

L’inégalité des salaires touchent aussi le sport

Elisa Longo Borghini, victorieuse brillante des Strade Bianche, est-elle moins méritante que Michal Kwiatkowski, qui levait les bras à Sienne quelques heures plus tard ? Certainement pas. Pourquoi alors l’Italienne n’a-t-elle perçu que 1 128 euros de prime, quand son homologue polonais touchait un jackpot de 16 000 euros ? Coryn Rivera, gratifiée de la même somme à Audenarde, s’est peut-être étonnée d’apprendre que Greg Van Avermaet a encaissé un chèque de 20 000 euros en guise de récompense au Tour des Flandres.

Les organisateurs des courses féminines ne sont certainement pas responsables de ces écarts financiers, qui se traduisent tout autant dans les salaires des sportives. Les sponsors sont, eux aussi, moins généreux lorsqu’il s’agit d’aider les coureuses. Mais cela se justifie sans doute par l’exposition de ces athlètes, de leurs équipes et de leurs épreuves.

Une exposition dont on peut déplorer l’évolution, sans doute bien trop lente dans ce monde où tout va si vite. Le public, ou du moins une partie, paraît pourtant être prêt à se passionner pour les joutes féminines. Aujourd’hui, c’est le déficit de traitement médiatique qui est à pointer du doigt. La manière dont est abordé le vélo féminin l’est sans doute tout autant.

Des femmes qui restent belles avant d’être performantes

« La tête et les jambes », entend-on souvent pour évoquer un coureur dont on vante les études. Pourtant, chez les femmes, il est plus fréquent d’entendre parler d’un « sourire angélique », quand il ne s’agit pas de « formes avantageuses« . Et ces qualificatifs qui n’ont de flatteur que l’apparence (et encore), émergent parfois directement de la voix ou de la plume de journalistes. Mais comment peut-on prétendre traiter les performances des coureurs et coureuses sur un pied d’égalité, lorsque l’on présente ces dernières d’une manière si peu objective ?

Parce que le physique des cyclistes féminines pèse aujourd’hui plus lourd que leur talent dans la balance de l’attention des médias, l’égalité des sexes est inatteignable. Parce que l’on a considéré trop vite que les courses des dames étaient moins attrayantes que celles des messieurs, il a fallu leur trouver une autre raison d’être.

Mais ces remarques n’ont jamais été et ne seront jamais entendues dans le peloton des masculin, où le talent sportif prédomine. Peut-être cela s’explique-t-il en partie par la majorité masculine qui règne au sein des observateurs de la petite reine, notamment dans les médias. Pour autant, cela n’excuse rien.

Le cyclisme féminin doit être appréhendé comme un sport, et non comme un défilé de mode où les mannequins arboreraient cuissards, casques et lunettes. Il est aberrant que des « articles » aux airs d’album photo, dressent le portrait de coureuses « aux formes généreuses« . Même si ceux-ci abordent également les qualités sportives des athlètes en question -ce qui n’est même pas systématique-, les ponctuer de tournures au sexisme à peine camouflé est le reflet d’une différence de traitement, d’un aveu de désintérêt pour lé vélo féminin.

Le sport pourrait pourtant être un tremplin idéal vers un changement des mentalités dans la vie de tous les jours. Aidons-le à se défaire de vieux démons aux pensées d’un autre temps, et aimons le cyclisme féminin pour le spectacle qu’il produit.

Cyprien Bricout

À propos de Cyprien Bricout 226 Articles
Étudiant en histoire et science politique à Nice, Cyprien a pour ambition de devenir journaliste. Enrichi de diverses expériences dans des médias web et radio, il a co-fondé le Grand Plateau. En passionné de cyclisme - et plus généralement de sport - qu'il est, Cyprien a placé de grands espoirs dans ce projet, qui incarne sa vision de ce que doit être le journalisme sportif.

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