Publié le 9 mai 2017 à 20:03

Nairo Quintana, un attentisme calculé

© Sirotti

Intrépide attaquant, Nairo Quintana est resté muet ce mardi, lors du premier rendez-vous des grimpeurs. La sagesse aurait-elle altéré son esprit offensif ? Voilà sans doute une hypothèse bien trop hasardeuse.

Néanmoins, la stratégie long-termiste du Colombien semble cette fois avoir pris le dessus sur ses envies d’assaut. Resté calme, en retrait, tout au long de l’ascension de l’Etna, le leader de la Movistar a terminé au chaud, à la 11e position, sans perdre de temps au général.

Sagesse et sérénité 

Imperturbable. Ce mardi, Nairo Quintana est monté au train, prenant soin de marquer Vincenzo Nibali à la culotte lorsque ce dernier a fait rouler son équipe pour préparer une attaque. Très serein, le petit grimpeur n’a jamais semblé forcer, se permettant le luxe de s’écarter du groupe, l’espace d’un instant, afin de procéder à l’état des lieux de l’écrémage du peloton.

À domicile, Vincenzo Nibali fut surveillé de près par le Colombien – © Sirotti

Cette sérénité s’est d’ailleurs propagée à toute son équipe. Alors que Valerio Agnoli, à six bornes de l’arrivée, tentait de secouer le groupe muet des favoris, la Movistar envoyait au front Winner Anacona, non pas pour creuser un écart mais pour se tenir prêt au moindre mouvement des rivaux de la Bahrain Merida.

Dans les ultimes kilomètres de l’étape, Quintana n’a pas changé d’attitude. Obsédé par Vincenzo Nibali, il n’a pas suivi l’attaque de Tom Dumoulin, jugeant le Néerlandais sans doute moins dangereux dans la bataille pour le maillot rose. Une paisibilité qui prouve bien que le Colombien est très lucide quant à ses priorités.

Une semaine en rose, un privilège coûteux 

Plutôt que d’attaquer pour aller titiller Jan Polanc à l’avant et, par la même occasion, candidater au maillot rose dès l’entame des débats, le leader de la Movistar a préféré penser à long terme. Bien qu’il eût été certainement capable de durcir le rythme, voire même de partir seul, aller chercher la maglia rosa aurait fait office de cadeau empoisonné pour le favori de cette 100e édition.

Si le maillot rose est bien l’objectif annoncé par Nairo Quintana, l’endosser trop tôt serait une responsabilité non-négligeable pour son équipe – © Sirotti

Un coup d’œil au roadbook de ce Giro aide à comprendre cette stratégie : d’ici à la prochaine passe d’arme entre les candidats à la victoire finale, dimanche prochain, le peloton aura droit à quatre étapes plus ou moins planes, mais surtout toutes en bord de mer. Le vent, caractéristique souvent vérifiée de ce type de journées nerveuses, jouera certainement un rôle durant cette semaine.

Pour s’éviter de travailler derrière les échappées, plutôt que de résister à d’éventuelles tentatives rivales, la Movistar a choisi de rester patiente. Alors que la Quick-Step Floors de Bob Jungels se fatiguera chaque jour, tant pour conserver son dû que pour amener Fernando Gaviria à un second succès, les Espagnols n’auront qu’à protéger leur leader, mal à l’aise lorsque le vent de côté étire le peloton.

Caché jusqu’à Oropa ?

Andrey Amador, 4e du Giro 2015 et 8e l’an dernier, sera un atout de poids pour Nairo Quintana en troisième semaine – © Sirotti

S’il conserve cette stratégie, Nairo Quintana ne devrait pas se découvrir davantage dans l’ascension de Blockhaus, dimanche prochain. À deux jours d’un chrono crucial, il ne prendra peut-être pas le risque de dépenser de l’énergie inutilement pour gagner quelques dizaines de secondes tout au plus.

Il faudrait alors attendre la 14e étape, entre Castellania et Oropa, pour voir le Colombien porter l’estocade. À l’amorce d’une dernière partie de course très montagneuse, il sera alors temps pour lui de passer à l’attaque. Sa garde rapprochée, tout comme lui, aura alors économisé le plus de forces possible pour entamer les choses sérieuses.

Et les Bahrain Merida, FDJ ou autres Sky ne seront alors pas à l’abri de mouvements collectifs de grande ampleur, tout au long de la dernière semaine, de la part des hommes d’Eusebio Unzué. Jusque là, Quintana semble avoir décidé de vivre caché. Pour vivre heureux ?

Nationalité :
Age : 27 ans
Equipe : Movistar
À propos de Cyprien Bricout 226 Articles
Étudiant en histoire et science politique à Nice, Cyprien a pour ambition de devenir journaliste. Enrichi de diverses expériences dans des médias web et radio, il a co-fondé le Grand Plateau. En passionné de cyclisme - et plus généralement de sport - qu'il est, Cyprien a placé de grands espoirs dans ce projet, qui incarne sa vision de ce que doit être le journalisme sportif.

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